Section 1
Prologue
Texte de Saint Benoît de Nursie
1. Écoute, ô mon fils, les préceptes du maître et incline l'oreille de ton cœur. Reçois volontiers l'avertissement d'un père plein de bonté et mets-le efficacement en pratique, afin que le labeur de l'obéissance te ramène à celui dont la paresse de la désobéissance t'avait éloigné. C'est donc à toi que s'adresse maintenant ma parole, qui que tu sois : renonçant à tes volontés propres pour servir le Seigneur Christ, le vrai Roi, tu prends les armes très fortes et glorieuses de l'obéissance.
2. Avant tout, chaque fois que tu entreprends une œuvre bonne, demande-lui dans une prière très instante de la conduire à son terme. Lui qui a déjà daigné nous compter au nombre de ses fils ne doit jamais avoir à s'attrister de nos mauvaises actions. Il nous faut donc, en tout temps, lui obéir par les biens qu'il a placés en nous. Ainsi, non seulement le père irrité ne déshéritera pas un jour ses fils, mais le maître redoutable, offensé par nos fautes, ne livrera pas au châtiment éternel, comme de très mauvais serviteurs, ceux qui auront refusé de le suivre vers la gloire.
3. Levons-nous donc enfin, réveillés par l'Écriture qui nous dit : « L'heure est venue de sortir du sommeil. » Les yeux ouverts à la lumière qui divinise et les oreilles attentives, écoutons la voix divine qui, chaque jour, nous avertit en proclamant : « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs. » Et encore : « Que celui qui a des oreilles pour entendre écoute ce que l'Esprit dit aux Églises. » Et que dit-il ? « Venez, mes fils, écoutez-moi ; je vous enseignerai la crainte du Seigneur. » Courez tandis que vous avez la lumière de la vie, afin que les ténèbres de la mort ne vous saisissent pas.
4. Cherchant dans la multitude du peuple l'ouvrier auquel il adresse cet appel, le Seigneur dit encore : « Quel est l'homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? » Si, en l'entendant, tu réponds : « Moi », Dieu te dit : « Si tu veux posséder la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses ; détourne-toi du mal et fais le bien, recherche la paix et poursuis-la. » Quand vous aurez fait cela, mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières ; avant même que vous m'invoquiez, je dirai : « Me voici. » Quoi de plus doux pour nous, frères bien-aimés, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa bonté, le Seigneur nous montre le chemin de la vie.
5. Ceignons donc nos reins de la foi et de la pratique des bonnes œuvres, et marchons sous la conduite de l'Évangile dans les voies du Seigneur, afin de mériter de voir celui qui nous a appelés à son royaume. Si nous voulons habiter dans la demeure de ce royaume, nous n'y parviendrons qu'en courant par les bonnes œuvres. Mais interrogeons le Seigneur avec le Prophète : « Seigneur, qui habitera dans ta demeure et qui reposera sur ta montagne sainte ? » Après cette question, frères, écoutons le Seigneur répondre et nous montrer le chemin de sa demeure : c'est celui qui marche sans tache et pratique la justice ; celui qui dit la vérité dans son cœur, qui ne trompe pas par sa langue, qui ne fait aucun mal à son prochain et n'accueille pas l'injure contre lui.
6. C'est celui qui repousse loin des regards de son cœur le démon mauvais et ses suggestions, les réduit à néant, saisit les pensées encore petites qu'il inspire et les brise contre le Christ. Ceux qui craignent le Seigneur ne s'enorgueillissent pas de leur bonne conduite : ils estiment que le bien qui se trouve en eux ne vient pas d'eux-mêmes, mais qu'il est accompli par le Seigneur. Ils glorifient le Seigneur qui agit en eux et disent avec le Prophète : « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire. » Ainsi l'apôtre Paul ne s'attribua rien de sa prédication lorsqu'il déclara : « C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis » ; et il dit encore : « Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur. »
7. Aussi le Seigneur dit-il dans l'Évangile : « Celui qui entend mes paroles et les met en pratique, je le comparerai à un homme sage qui a bâti sa maison sur le roc. Les fleuves sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison ; elle n'est pas tombée, parce qu'elle était fondée sur le roc. » Après avoir donné ces enseignements, le Seigneur attend chaque jour que nous répondions par nos actes à ses saintes exhortations. C'est pour nous laisser le temps de corriger les fautes de cette vie que les jours nous sont accordés comme un délai, selon la parole de l'Apôtre : « Ignores-tu que la patience de Dieu te conduit à la pénitence ? » Car le Seigneur, dans sa bonté, dit : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. »
8. Frères, lorsque nous avons interrogé le Seigneur sur l'habitant de sa demeure, nous avons entendu le commandement qui permet d'y habiter. Si nous remplissons le devoir de cet habitant, nous serons héritiers du royaume des cieux. Préparons donc nos cœurs et nos corps à combattre dans la sainte obéissance aux préceptes. Pour ce que notre nature peut moins accomplir en nous, prions le Seigneur d'ordonner à sa grâce de nous secourir. Si, fuyant les peines de l'enfer, nous voulons parvenir à la vie éternelle, tandis qu'il en est encore temps, que nous sommes dans ce corps et que nous pouvons accomplir tout cela à la lumière de cette vie, il nous faut courir et agir dès maintenant de manière à obtenir ce qui nous sera utile pour l'éternité.
9. Il nous faut donc établir une école du service du Seigneur. En l'instituant, nous espérons ne rien imposer de rude ni de pesant. Si pourtant la raison et l'équité exigent quelque règle un peu plus stricte pour corriger les vices ou préserver la charité, ne te laisse pas aussitôt saisir d'effroi et ne fuis pas le chemin du salut, dont l'entrée ne peut être qu'étroite. Mais, à mesure que l'on avance dans la vie monastique et dans la foi, le cœur s'élargit et l'on court dans la voie des commandements de Dieu avec l'ineffable douceur de l'amour. Ainsi, ne nous écartant jamais de son enseignement et persévérant jusqu'à la mort dans sa doctrine au sein du monastère, nous participerons par la patience aux souffrances du Christ, afin de mériter d'avoir part aussi à son royaume. Amen.