Table des matières Section 1 sur 32
Table des matières Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge
  1. 1 Introduction
  2. 2 Excellence et nécessité de la dévotion à la Sainte Vierge
  3. 3 Discerner la vraie dévotion
  4. 4 Les fausses dévotions
  5. 5 Les caractères de la vraie dévotion
  6. 6 En quoi consiste la parfaite consécration à Jésus-Christ
  7. 7 Les motifs de cette parfaite consécration
  8. 8 Premier motif
  9. 9 Second motif
  10. 10 Troisieme motif
  11. 11 Quatrieme motif
  12. 12 Cinquieme motif
  13. 13 Sixieme motif
  14. 14 Septieme motif
  15. 15 Huitieme motif
  16. 16 Les effets merveilleux de cette dévotion
  17. 17 Les pratiques particulières
  18. 18 Pratiques extérieures
  19. 19 Premiere pratique extérieure
  20. 20 Deuxieme pratique extérieure
  21. 21 Troisieme pratique extérieure
  22. 22 Quatrieme pratique extérieure
  23. 23 Cinquieme pratique extérieure
  24. 24 Sixieme pratique extérieure
  25. 25 Septieme pratique extérieure
  26. 26 Pratiques particulières et intérieures
  27. 27 Pratiquer cette dévotion dans la sainte Communion
  28. 28 Avant la Communion
  29. 29 Dans la Communion
  30. 30 Après la sainte Communion
  31. 31 Consécration de soi-même à Jésus-Christ par les mains de Marie
  32. 32 Le Dévot esclave de Jésus en Marie

Section 1

Introduction

Dans cette ouverture, saint Louis-Marie présente Marie comme la créature volontairement cachée par Dieu. Sa grandeur ne se manifeste pas d’abord par l’éclat extérieur, mais par une humilité profonde, un silence, une discrétion et une intimité unique avec la Trinité. Le texte accumule des images…

Texte de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

C’est par la très-sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c’est aussi par elle qu’il doit régner dans le monde.

Marie a été très-cachée dans sa vie; c’est pourquoi elle est appelée par le Saint-Esprit et l’Église alma Mater… Mère cachée et secrète. Son humilité a été si profonde qu’elle n’a point eu sur la terre d’attrait plus puissant et plus continuel, que de se cacher à elle-même et à toute créature, pour n’être connue que de Dieu seul. Dieu, pour l’exaucer dans les demandes qu’elle lui fit de la cacher, appauvrir et humilier, a pris plaisir à la cacher dans sa conception, dans sa naissance, dans sa vie, dans ses mystères, dans sa résurrection et assomption, à l’égard de toutes créatures humaines. Ses parents mêmes ne la connaissaient pas; et les Anges se demandaient souvent les uns aux autres: Quæ est ista… qui est celle-là? parce que le Très-Haut la leur cachait; ou, s’il leur en découvrait quelque chose, il leur en cachait infiniment davantage.

Dieu le Père a consenti qu’elle ne fît point de miracle dans sa vie, du moins qui éclatât, quoiqu’il lui en eût donné la puissance: Dieu le Fils a consenti qu’elle ne parlât presque point, quoiqu’il lui eût communiqué sa sagesse: Dieu le Saint-Esprit a consenti que les Apôtres et les Évangélistes n’en parlassent que très-peu, et qu’autant qu’il était nécessaire pour faire connaître Jésus-Christ, quoiqu’elle fût son épouse fidèle.

Marie est l’excellent chef-d’œuvre du Très-Haut, dont il s’est réservé la connaissance et la possession. Marie est la Mère admirable du Fils, qu’il a pris plaisir à humilier et à cacher pendant sa vie pour favoriser son humilité, la traitant du nom de femme, mulier, comme une étrangère, quoique dans son cœur il l’estimât et l’aimât plus que tous les anges et les hommes. Marie est la fontaine scellée et l’épouse fidèle du Saint-Esprit, où il n’y a que lui qui entre. Marie est le sanctuaire et le repos de la sainte Trinité, où Dieu est plus magnifiquement et divinement qu’en aucun lieu de l’univers, sans excepter sa demeure sur les Chérubins et les Séraphins; et il n’est permis à aucune créature, quelque pure qu’elle soit, d’y entrer sans un grand privilége.

Je dis avec les Saints: La divine Marie est le paradis terrestre du nouvel Adam, où il s’est incarné par l’opération du Saint-Esprit, pour y opérer des merveilles incompréhensibles; c’est le grand et le divin monde de Dieu, où il y a des beautés et des trésors ineffables; c’est la magnificence du Très-Haut, où il a caché, comme en son sein, son Fils unique, et en lui tout ce qu’il y a de plus excellent et de plus précieux. Oh! oh! que de choses grandes et cachées ce Dieu puissant a faites en cette créature admirable! comme elle est elle-même obligée de le dire, malgré son humilité profonde: Fecit mihi magna qui potens est: le monde ne les connaît pas, parce qu’il en est incapable et indigne.

Les Saints ont dit des choses admirables de cette sainte cité de Dieu; et ils n’ont jamais été plus éloquents et plus contents, comme ils l’avouent eux-mêmes, que quand ils en ont parlé; après cela, ils s’écrient que la hauteur de ses mérites, qu’elle a élevés jusqu’au trône de la divinité, ne se peut apercevoir; que la largeur de sa charité, qu’elle a plus étendue que la terre, ne se peut mesurer; que la grandeur de sa puissance, qu’elle a jusque sur un Dieu même, ne se peut comprendre, et enfin que la profondeur de son humilité et de toutes ses vertus et ses grâces, qui sont un abîme, ne se peut sonder.

Ô hauteur incompréhensible! Ô largeur ineffable! Ô grandeur démesurée! Ô abîme impénétrable! Tous les jours, d’un bout de la terre à l’autre, dans le plus haut des cieux, dans le plus profond des abîmes, tout prêche, tout publie l’admirable Marie. Les neuf chœurs des anges, les hommes de tous sexes, âges, conditions, religions, bons et mauvais, jusqu’aux diables, sont obligés de l’appeler Bienheureuse, bon gré, mal gré, par la force de la vérité. Tous les anges, dans les cieux, lui crient incessamment, a dit saint Bonaventure: Sancta, sancta, sancta Maria, Dei Genitrix et Virgo; et ils lui offrent des millions de millions de fois tous les jours la salutation des Anges, Ave, Maria, etc.: en se prosternant devant elle, ils lui demandent pour grâce de les honorer de quelques-uns de ses commandements: jusqu’à saint Michel, dit saint Augustin, quoique le prince de toute la cour céleste, est le plus zélé à lui rendre et à lui faire rendre toutes sortes d’honneurs; toujours en attente pour avoir l’honneur d’aller, à sa parole, rendre service à quelqu’un de ses serviteurs.

Toute la terre est pleine de sa gloire, particulièrement chez les Chrétiens, où elle est prise pour tutélaire et protectrice en plusieurs royaumes, provinces, diocèses et villes; plusieurs cathédrales consacrées à Dieu sous son nom; point d’église sans autel en son honneur; point de contrée ni de canton où il n’y ait quelqu’une de ses images miraculeuses où toutes sortes de maux sont guéris, et toutes sortes de biens obtenus: tant de confréries et congrégations en son honneur; tant de religions sous son nom et sa protection; tant de confrères et sœurs de toutes les confréries, et tant de religieux et religieuses de toutes les religions qui publient ses louanges et qui annoncent ses miséricordes. Il n’y a pas un petit enfant qui, en bégayant l’Ave Maria, ne la loue: il n’y a guère de pécheur qui, en son endurcissement même, n’ait en elle quelque étincelle de confiance; il n’y a pas même de diable dans les enfers qui en la craignant ne la respecte.

Après cela, il faut dire en vérité avec les saints: De Maria nunquam satis… « On n’a point encore assez loué, exalté, honoré, aimé et servi Marie. » Elle a mérité encore plus de louanges, de respects, d’amour et de services.

Après cela, il faut dire avec le Saint-Esprit:’’Omnis gloria ejus Filiæ Regis ab intus… « Toute la gloire de la Fille du Roi est au dedans. » Comme si toute la gloire extérieure que lui rendent à l’envi le ciel et la terre n’était rien en comparaison de celle qu’elle reçoit au dedans par le Créateur, et qui n’est point connue des petites créatures, qui ne peuvent pénétrer le secret des secrets du Roi.

Après cela il faut nous écrier avec l’Apôtre: Nec oculus vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit… « Ni l’œil n’a vu, ni l’oreille n’a entendu, ni le cœur de l’homme n’a compris les beautés, les grandeurs et excellences de Marie, » le miracle des miracles de la grâce, de la nature et de la gloire. Si vous voulez comprendre la Mère, dit un saint, comprenez le Fils, car c’est une digne Mère de Dieu: Hic taceat omnis lingua… « Que toute langue demeure muette ici. »

Mon cœur vient de dicter tout ce que je viens d’écrire avec une joie particulière, pour montrer que la divine Marie a été inconnue jusqu’ici, et que c’est une des raisons pourquoi Jésus-Christ n’est point connu comme il doit l’être. Si donc, comme il est certain, le règne de Jésus-Christ arrive dans le monde, ce ne sera qu’une suite nécessaire de la connaissance et du règne de la très-sainte Vierge Marie, qui l’a mis au monde la première fois, et le fera éclater la seconde.

Retour en haut