Chapitre 1
ORAYSON DEDICATOIRE
Dans cette oraison dédicatoire, saint François de Sales place son traité sous la garde de Marie et de Joseph. Il contemple en Marie la créature la plus pleinement accordée à l’amour de Dieu, choisie pour aimer le Fils d’un amour maternel unique. Il honore aussi saint Joseph, époux virginal de Marie et père nourricier de Jésus, intimement uni au mystère de l’Enfance du Seigneur. L’auteur ne leur attribue pas la source de la grâce, mais leur demande d’obtenir du Saint-Esprit que ce livre éclaire et embrase les lecteurs. Toute la dédicace converge vers une offrande totale des affections à la divine Bonté, pour vivre du feu de l’amour du Christ.
Texte de Saint François de Sales
Tressainte Mere de Dieu, vaysseau d’incomparable élection, Reyne de la souveraine dilection, vous estes la plus aimable, la plus amante et la plus aymee de toutes les créatures. L’amour du Pere céleste prit son bon playsir en vous de toute éternité, destinant vostre chaste cœur a la perfection du saint amour, afin qu’un jour vous aymassies son Filz unique de l’unique amour maternel, comme il l’aymoit éternellement de l’unique amour paternel. O Jésus mon Sauveur, a qui puis-je mieux dédier les paroles de vostre amour qu’au cœur très-aimable de la Bienaymee de vostre âme?
Mais, O Mere toute triomphante, qui peut jetter ses yeux sur vostre majesté sans voir a vostre dextre celuy que vostre Filz voulut si souvent, pour l’amour de vous, honnorer du tiltre de Pere, le vous ayant uni par le lien céleste d’un mariage tout virginal, a ce qu’il fust vostre secours et coadjuteur en la charge de la conduite et éducation de sa divine enfance? O grand saint Joseph, Espoux très-aimé de la Mere du Bienaymé, hé, combien de fois aves-vous porté l’Amour du Ciel et de la terre entre vos bras, tandis que, embrasé des doux embrassemens et baysers de ce divin Enfant, vostre âme fondoit d’ayse lors qu’il prononçoit tendrement a vos oreilles (o Dieu, quelle suavité!) que vous esties son grand ami et son cher Pere bienaymé!
O Marie et Joseph, paire sans pair, lys sacrés d’incomparable beauté entre lesquelz le Bienaymé se repaist et repaist tous ses amans! helas, si j’ay quelque espérance que cet escrit d’amour puisse esclairer et enflammer les enfans de lumiere, ou le puis-je mieux colloquer qu’emmi vos lys? lys esquelz le Soleil de justice, splendeur et candeur de la lumiere éternelle, s’est si souverainement recréé qu’il y a prattiqué les délices de l’ineffable dilection de son cœur envers nous. O Mere bienaymee du Bienaymé! O Espoux bienaymé de la Bienaymee! prosterné sur ma face devant vos pieds, qui portèrent mon Sauveur, je voue, dédie et consacre ce petit ouvrage d’amour a l’immense grandeur de vostre dilection. Hé, je vous conjure par ce cœur de vostre doux Jésus qui est le Roy des cœurs, que les vostres adorent, animes mon âme et celles de tous ceux qui liront cet escrit, de vostre toute puissante faveur envers le Saint Esprit, afin que nous immolions meshuy en holocauste toutes nos affections a sa divine Bonté, pour vivre, mourir et revivre a jamais, emmi les flammes de ce céleste feu que Nostre Seigneur vostre Filz a tant desiré d’allumer en nos cœurs, que pour cela il ne cessa de travailler et souspirer jusques a la mort et la mort de la croix.
VIVE JESUS