Introduction à la vie dévote Section 1 sur 119
Table des matières Section 1 sur 119
Table des matières Introduction à la vie dévote
  1. 1 Description de la vraie dévotion.
  2. 2 Propriétés et excellence de la dévotion.
  3. 3 Que la dévotion convient à toutes sortes de vocations et de professions.
  4. 4 De la nécessité d’un directeur pour entrer et pour avancer dans la dévotion.
  5. 5 Qu’il faut commencer par purifier l’ame.
  6. 6 Du premier retranchement, qui est celui des péchés mortels.
  7. 7 Du second retranchement, qui est celui des affections au péché.
  8. 8 Du moyen de faire ce second retranchement.
  9. 9 Première méditation.—De la création.
  10. 10 Deuxième méditation.—De la fin pour laquelle nous sommes créés.
  11. 11 Troisième méditation.—Des bienfaits de Dieu.
  12. 12 Quatrième méditation.—Des péchés.
  13. 13 Cinquième méditation.—De la mort.
  14. 14 Sixième méditation.—Du jugement.
  15. 15 Septième méditation.—De l’Enfer.
  16. 16 Huitième méditation.—Du paradis.
  17. 17 Neuvième méditation.—Sur le choix du paradis.
  18. 18 Dixième méditation.—Sur le choix de la vie dévote.
  19. 19 Comment il faut faire la confession générale.
  20. 20 Protestation authentique, pour graver dans l’ame la résolution de servir Dieu, et pour conclure les actes de pénitence.
  21. 21 Conclusion de ce qui a été dit du premier degré de pureté de l’ame.
  22. 22 Qu’il faut se délivrer de toute affection aux péchés véniels.
  23. 23 Qu’il se faut défaire de l’affection aux choses inutiles et dangereuses.
  24. 24 Qu’il se faut défaire des mauvaises inclinations.
  25. 25 De la nécessité de l’Oraison.
  26. 26 Courte méthode pour bien méditer. Et d’abord de la présence de Dieu; premier point de la préparation.
  27. 27 De l’invocation; second point de la préparation.
  28. 28 De la proposition du mystère; troisième point de la préparation.
  29. 29 Des considérations; seconde partie de la méditation.
  30. 30 Des affections et des résolutions; troisième partie de la méditation.
  31. 31 De la conclusion et du bouquet spirituel.
  32. 32 Quelques avis très-utiles, au sujet de la méditation.
  33. 33 Des sécheresses d’esprit qui arrivent dans la méditation.
  34. 34 De quelques autres exercices, et premièrement de l’exercice du matin.
  35. 35 De l’exercice du soir et de l’examen de conscience: second exercice.
  36. 36 De la retraite spirituelle: troisième exercice.
  37. 37 Des aspirations ou oraisons jaculatoires, et des bonnes pensées; quatrième exercice.
  38. 38 De la très-sainte Messe, et de la manière de l’entendre; cinquième exercice.
  39. 39 Des autres exercices de dévotion publics et communs.
  40. 40 Qu’il faut honorer et invoquer les saints.
  41. 41 Comment il faut entendre et lire la parole de Dieu.
  42. 42 Comment il faut recevoir les inspirations.
  43. 43 De la sainte confession.
  44. 44 De la fréquente communion.
  45. 45 Comment il faut communier.
  46. 46 Du choix que l’on doit faire quant à l’exercice des vertus.
  47. 47 Suite du même sujet.
  48. 48 De la patience.
  49. 49 De l’humilité pour l’extérieur.
  50. 50 De l’humilité plus intérieure.
  51. 51 Que l’humilité nous fait aimer notre propre abjection.
  52. 52 Comment il faut conserver la bonne renommée en pratiquant l’humilité.
  53. 53 De la douceur envers le prochain, et du remède contre la colère.
  54. 54 De la douceur envers nous-mêmes.
  55. 55 Qu’il faut s’appliquer aux affaires avec soin, sans empressement ni trouble.
  56. 56 De l’obéissance.
  57. 57 De la nécessité de la chasteté.
  58. 58 Avis pour conserver la chasteté.
  59. 59 De la pauvreté d’esprit au milieu des richesses.
  60. 60 Comment il faut pratiquer la pauvreté réelle au milieu des richesses.
  61. 61 Comment il faut pratiquer la richesse d’esprit au milieu de la pauvreté réelle.
  62. 62 De l’amitié, et premièrement de la mauvaise.
  63. 63 Des amitiés sensuelles.
  64. 64 Des vraies amitiés.
  65. 65 De la différence qu’il y a entre les vraies et les vaines amitiés.
  66. 66 Avis et remèdes contre les mauvaises amitiés.
  67. 67 Quelques autres avis sur les amitiés.
  68. 68 Des exercices de mortification extérieure.
  69. 69 Des compagnies et de la solitude.
  70. 70 De la bienséance des habits.
  71. 71 De parler, et premièrement comment il faut parler de Dieu.
  72. 72 De l’honnêteté des paroles, et du respect que l’on doit aux personnes.
  73. 73 Des jugemens téméraires.
  74. 74 De la médisance.
  75. 75 Quelques autres avis touchant le parler.
  76. 76 Des passe-temps et des jeux; et premièrement de ceux qui sont permis et louables.
  77. 77 Des jeux défendus.
  78. 78 Des bals et autres passe-temps permis, mais dangereux.
  79. 79 Quand on peut jouer ou danser.
  80. 80 Qu’il faut être fidèle dans les petites choses aussi bien que dans les grandes.
  81. 81 Qu’il faut avoir l’esprit juste et raisonnable.
  82. 82 Des désirs.
  83. 83 Avis pour les gens mariés.
  84. 84 De l’honnêteté du lit nuptial.
  85. 85 Avis pour les veuves.
  86. 86 Deux mots aux vierges.
  87. 87 Qu’il ne faut point s’amuser aux paroles des enfans du siècle.
  88. 88 Qu’il faut avoir bon courage.
  89. 89 De la nature des tentations, et de la différence qu’il y a entre sentir la tentation et y consentir.
  90. 90 Deux exemples remarquables sur ce sujet.
  91. 91 Encouragement à l’ame qui est dans la tentation.
  92. 92 Comment la tentation et la délectation peuvent être péchés.
  93. 93 Remède aux grandes tentations.
  94. 94 Qu’il faut résister aux petites tentations.
  95. 95 Comment il faut remédier aux petites tentations.
  96. 96 Comment il faut fortifier son cœur contre les tentations.
  97. 97 De l’inquiétude.
  98. 98 De la tristesse.
  99. 99 Des consolations spirituelles et sensibles, et comment il faut s’en servir.
  100. 100 Des sécheresses et des stérilités spirituelles.
  101. 101 Confirmation et éclaircissement de ce qui a été dit, par un exemple remarquable.
  102. 102 Qu’il faut chaque année renouveler ses bons propos par les exercices suivans.
  103. 103 Considération sur la grâce que Dieu nous a faite en nous appelant à son service, conformément à la protestation indiquée en première partie.
  104. 104 De l’examen de notre ame sur son avancement dans la vie dévote.
  105. 105 Examen de l’état de notre ame envers Dieu.
  106. 106 Examen de l’état de notre ame envers nous-mêmes.
  107. 107 Examen de l’état de notre ame envers le prochain.
  108. 108 Examen sur les affections de notre ame.
  109. 109 Affections qui doivent suivre l’examen.
  110. 110 Des considérations propres à renouveler nos bons propos.
  111. 111 Première considération. Sur l’excellence de nos ames.
  112. 112 Seconde considération. Sur l’excellence des vertus.
  113. 113 Troisième considération. Sur l’exemple des saints.
  114. 114 Quatrième considération. Sur l’amour que Jésus-Christ nous porte.
  115. 115 Cinquième considération. Sur l’amour éternel de Dieu pour nous.
  116. 116 Affections générales sur les considérations précédentes, et conclusion de l’exercice.
  117. 117 Des sentimens qu’il faut conserver après cet exercice.
  118. 118 Réponses à deux objections qui peuvent être faites sur cette Introduction.
  119. 119 Trois derniers et principaux avis pour cette Introduction.

Section 1

Description de la vraie dévotion.

PREMIÈRE PARTIE

Texte de Saint François de Sales

Vous aspirez à la dévotion, très-chère Philotée, parce qu'étant chrétienne, vous savez que c'est une vertu extrêmement agréable à la divine Majesté. Mais, comme il arrive que les petites fautes que l'on commet au commencement d'une affaire s'agrandissent beaucoup à mesure qu'on avance, et deviennent à la fin presque irréparables, il faut, avant toutes choses, que vous sachiez bien ce que c'est que la vertu de dévotion; car il n'y en a qu'une de vraie, et il y en a beaucoup de fausses et de vaines; en sorte que, sans ce discernement, vous pourriez vous tromper, et perdre le temps à suivre quelque dévotion imprudente et superstitieuse.

Le peintre Arélius donnoit à tous ses personnages la figure des personnes qu'il aimoit; et chacun peint la dévotion selon sa passion et son humeur. Celui qui est adonné au jeûne se tiendra pour bien dévot pourvu qu'il jeûne, quoique son cœur soit plein de rancune; et n'osant pas tremper sa langue dans le vin, ni même dans l'eau, par sobriété, il ne se fera pas scrupule de la plonger dans le sang du prochain, par la médisance et la calomnie. Un autre s'estimera dévot parce qu'il dit une grande multitude d'oraisons tous les jours, quoiqu'après cela il se répande en paroles fâcheuses, fières et injurieuses contre ses domestiques et ses voisins. Tel autre tire volontiers l'aumône de sa bourse pour la donner aux pauvres, mais il ne peut tirer la douceur de son cœur pour pardonner à ses ennemis. Celui-ci pardonne aisément, mais de payer ses créanciers, c'est ce qu'il ne fait qu'à vive force de justice. Tous ces gens-là passent pour dévots, et ne le sont en aucune manière. Les officiers de Saül étant allés chez David pour l'arrêter, Michol mit une statue dans son lit, et l'ayant couverte des habits de David, elle leur fit accroire que c'étoit David lui-même qui dormoit malade. Ainsi beaucoup de personnes se couvrent de certaines pratiques extérieures qui appartiennent à la dévotion, et le monde croit que ce sont vraiment des gens dévots et spirituels, et dans le fait ce ne sont que des statues et des fantômes de dévotion.

La vraie et solide dévotion, Philothée, présuppose l'amour de Dieu, ou plutôt elle n'est autre chose qu'un vrai amour de Dieu; je dis un vrai amour, et non pas un amour tel quel; car en tant que l'amour divin embellit notre ame, il s'appelle grâce, comme nous rendant agréables aux yeux de Dieu; en tant qu'il nous donne la force de faire le bien, il s'appelle charité; mais quand il en est venu à ce degré de perfection, de nous porter non-seulement à faire le bien, mais encore à le faire soigneusement, fréquemment et promptement, alors il s'appelle dévotion, et j'explique ceci par une comparaison. Les autruches ne volent jamais, bien qu'elles aient des ailes. Les poules volent, mais pesamment, rarement, et fort bas. Au contraire, les aigles, les colombes, les hirondelles ont le vol vif, élevé et presque continuel. Ainsi les pécheurs ne volent pas en Dieu, mais font toutes leurs courses sur la terre et pour la terre: les gens de bien, qui n'ont pas encore atteint la dévotion, volent en Dieu par leurs bonnes actions, mais rarement, lentement et pesamment: et il n'y a que les personnes dévotes qui s'élèvent en Dieu d'un vol prompt, fréquent et élevé. En un mot, la dévotion n'est autre chose qu'une certaine agilité et vivacité spirituelle, par laquelle la charité fait ses œuvres en nous, ou nous par elle, promptement et affectionnément; et comme il appartient à la charité de nous faire pratiquer universellement tous les commandemens de Dieu, il appartient à la dévotion de nous les faire observer avec toute la diligence et toute la ferveur possibles. Ainsi celui qui n'observe pas tous les commandemens de Dieu, n'est ni juste ni dévot: il n'est pas juste, puisqu'il lui manque la charité; il n'est pas dévot, puisque, outre la charité, il lui manque le zèle et la promptitude aux actions charitables, qui est le propre de la dévotion.

Et parce que la dévotion consiste dans la perfection de la charité, elle nous rend prompts, actifs et diligens, non-seulement à observer tous les commandemens de Dieu, mais encore à faire le plus de bonnes œuvres que nous pouvons, encore qu'elles ne soient pas de précepte, mais simplement de conseil ou d'inspiration. Un homme qui relève nouvellement de maladie marche autant qu'il lui est nécessaire, mais lentement et pesamment: il en est de même d'un pécheur nouvellement guéri de son iniquité; il marche autant que Dieu le lui commande; mais posément et lentement; et ce n'est que lorsqu'il a atteint la dévotion, que, comme un homme sain et robuste, non-seulement il chemine, mais il court et il saute en la voie des commandemens de Dieu, et de plus, il s'élance dans les sentiers des conseils et des inspirations célestes. Enfin la charité et la dévotion ne sont pas plus différentes l'une de l'autre que la flamme ne l'est du feu; puisque la charité, qui est le feu spirituel de l'ame, s'appelle dévotion quand elle est fort enflammée. En sorte que la dévotion n'ajoute rien au feu de la charité, sinon la flamme qui rend la charité prompte, active et diligente non-seulement dans l'observation des commandemens de Dieu, mais aussi dans la pratique des conseils et des inspirations célestes.

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