Notre-Dame de Salmaise : protéger un héritage roman

À Salmaise, en Côte-d’Or, un chœur du XIe siècle côtoie une nef reconstruite au début du XXe. Sous le sanctuaire se trouve une petite crypte ; dans l’abside, arcatures et chapiteaux témoignent des débuts de l’art roman en Bourgogne. Notre-Dame se découvre en suivant ces différentes strates de son histoire.
Le projet de restauration relie la protection des toitures au soin des décors intérieurs. Les raccords de couverture, les enduits et les sols appartiennent au même ensemble : l’étanchéité du bâtiment conditionne la conservation de ce qu’il abrite.
Un prieuré bourguignon, une nef reconstruite
En 1013, Humbert, châtelain de Salmaise, donne à l’abbaye Saint-Bénigne de Dijon l’église qu’il fait construire. L’abbaye y établit un prieuré. Le chœur et une partie du transept conservent des structures du XIe siècle, rares témoins de l’art roman primitif.
Le clocher médiéval appartient également au XIe siècle. Des restaurations interviennent au XIVe, puis une campagne bien différente transforme la nef au début du XXe. Elle est reconstruite dans un style néogothique, selon les plans de Charles Javelle datés de janvier 1900.
Les importantes restaurations menées en 1984 et 1988 ont contribué à remettre en valeur les éléments romans. Les recherches de cette période ont notamment révélé l’arcature intérieure de l’abside, des chapiteaux et la petite crypte située sous le sanctuaire.
Des couvertures aux décors : un chantier d’ensemble
Le programme prévoit de reprendre l’étanchéité des toitures, notamment à la jonction de la nef et du transept. Il comprend la restitution d’une couverture en laves sur le clocher : ces plaques de pierre appartiennent au vocabulaire des toitures bourguignonnes.
Le croisillon nord, seule partie conservée du transept roman d’origine, et son absidiole sont également concernés. La restauration porte sur :
- les couvertures et leurs raccords ;
- le clocher, le croisillon nord et l’absidiole ;
- les enduits extérieurs et intérieurs ;
- les décors peints, les sols et la mise en valeur du mobilier.
Cette succession d’interventions répond à une logique précise : empêcher l’eau de pénétrer avant de reprendre les surfaces qu’elle a pu altérer. La couverture en pierre du clocher et les détails de l’abside ne demandent pas les mêmes gestes, mais leur conservation dépend de la protection de l’ensemble.
Lire les siècles sans les effacer
Notre-Dame de Salmaise tire sa singularité de la rencontre entre ses parties médiévales et sa nef plus récente. Restaurer cet ensemble ne revient pas à lui donner un âge unique. Le projet doit permettre de reconnaître les choix de chaque époque et de mieux apprécier les éléments romans.
De la petite crypte à la nef néogothique, le parcours dans l’église donne à voir une longue continuité chrétienne. Conserver ces espaces et leurs décors, c’est garder lisible l’histoire d’un sanctuaire qui a changé de forme sans perdre sa vocation.
