1 Corinthiens 9 : « Je me suis fait tout à tous » – La Mission

Paul passe à la vitesse supérieure. Certains à Corinthe contestent son apostolat et se demandent pourquoi il ne vit pas comme les autres apôtres (marié, soutenu financièrement…). Il répond avec une force et une humilité bouleversantes.
D’abord il affirme ses droits : oui, il pourrait exiger un salaire, voyager avec une épouse chrétienne, vivre du fruit de son ministère — le Seigneur lui-même l’a ordonné. Mais il fait le choix radical de ne jamais user de ces droits, pour que rien, absolument rien, n’empêche l’Évangile d’avancer.
Le sommet du chapitre est cette phrase qui a converti des millions de missionnaires : « Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver de toute manière quelques-uns » (v. 22). Paul devient juif avec les juifs, faible avec les faibles, sans loi avec ceux qui sont sans loi… non par opportunisme, mais par un amour qui se vide totalement.
Et pour finir, l’image sportive : la vie chrétienne est une course, un combat. Il faut s’entraîner, s’abstenir, frapper juste, traiter durement son corps… « de peur qu’après avoir prêché aux autres, je sois moi-même rejeté » (v. 27).
Ce chapitre est un traité de l’apostolat gratuit, de la liberté missionnaire et de la discipline spirituelle. Paul ne prêche pas seulement avec des mots : il prêche avec toute sa vie.
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1 Corinthiens – Chapitre 9
1. Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je pas vu Jésus-Christ, notre Seigneur ? N’êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur ?
2. Si pour d’autres je ne suis pas apôtre, je le suis du moins pour vous ; car vous êtes le sceau de mon apostolat dans le Seigneur.
3. Voici ma défense contre ceux qui m’accusent.
4. N’avons-nous pas le droit de manger et de boire ?
5. N’avons-nous pas le droit d’emmener avec nous une sœur, en qualité d’épouse, comme le font les autres apôtres, les frères du Seigneur et Céphas ?
6. Ou bien serait-ce moi seul et Barnabé qui n’aurions pas le droit de ne pas travailler ?
7. Qui fait le service militaire à ses propres frais ? Qui plante une vigne et n’en mange pas le fruit ? Qui fait paître un troupeau et ne se nourrit pas du lait du troupeau ?
8. Est-ce seulement d’un point de vue humain que je parle ainsi ? La Loi ne dit-elle pas la même chose ?
9. Car il est écrit dans la Loi de Moïse : « Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain. » Dieu se préoccupe-t-il des bœufs ?
10. Ou ne parle-t-il pas plutôt à cause de nous ? Oui, c’est pour nous que cela a été écrit : celui qui laboure doit labourer avec espérance, et celui qui foule le grain doit espérer y avoir part.
11. Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, est-ce une grande chose si nous récoltons de vos biens matériels ?
12. Si d’autres usent de ce droit sur vous, pourquoi pas nous à plus forte raison ? Cependant, nous n’en avons pas usé ; au contraire, nous supportons tout, afin de ne pas créer d’obstacle à l’Évangile du Christ.
13. Ne savez-vous pas que ceux qui remplissent les fonctions sacrées vivent de ce qui provient du temple, et que ceux qui servent à l’autel ont part à ce qui est offert sur l’autel ?
14. De même, le Seigneur a ordonné que ceux qui annoncent l’Évangile vivent de l’Évangile.
15. Pour moi, je n’ai fait usage d’aucun de ces droits, et je n’écris pas cela pour qu’on agisse ainsi envers moi ; car il vaudrait mieux pour moi mourir que de perdre ce sujet de gloire.
16. Annoncer l’Évangile n’est pas pour moi un motif de gloire ; c’est une nécessité qui m’est imposée. Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile !
17. Si je le fais de bon gré, j’en ai une récompense ; si je le fais malgré moi, c’est une charge qui m’est confiée.
18. Quelle est donc ma récompense ? C’est d’offrir gratuitement l’Évangile que j’annonce, sans user du droit que me donne l’Évangile.
19. Car, bien que libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous, afin d’en gagner le plus grand nombre.
20. Avec les Juifs, je me suis fait Juif, afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la Loi, comme si j’étais sous la Loi — bien que je ne sois pas moi-même sous la Loi — afin de gagner ceux qui sont sous la Loi ;
21. avec ceux qui sont sans la Loi, comme si j’étais sans la Loi — bien que je ne sois pas sans la Loi de Dieu, étant sous la Loi du Christ — afin de gagner ceux qui sont sans la Loi.
22. Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles ; je me suis fait tout à tous, pour en sauver de toute manière quelques-uns.
23. Je fais tout à cause de l’Évangile, afin d’y avoir part.
24. Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais un seul remporte le prix ? Courez de manière à remporter le prix.
25. Tous ceux qui combattent s’imposent toute espèce de privations ; eux, pour obtenir une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable.
26. Pour moi donc, je cours, non pas au hasard ; je frappe, non pas comme battant l’air.
27. Mais je traite durement mon corps et le tiens en servitude, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même rejeté.
Version PaxCœur — Texte modernisé d’après la traduction catholique Crampon (1923)
Pour aller plus loin : comprendre & vivre 1 Corinthiens 9
Paul avait-il vraiment le droit d’être rémunéré pour son ministère ?
Oui, et Jésus lui-même l’a ordonné (v. 14 ; cf. Lc 10,7 ; CEC § 2122). Les prêtres, les missionnaires, les catéchistes à temps plein ont droit à une juste rémunération. Mais Paul choisit de ne pas en user pour que personne ne puisse dire que l’Évangile est à vendre.
« Je me suis fait tout à tous » : n’est-ce pas de l’hypocrisie ?
Non, c’est la charité missionnaire la plus pure. Paul ne change pas sa foi, il adapte son langage, ses habitudes alimentaires, son comportement extérieur pour ne pas choquer inutilement. Saint Jean-Paul II dira : « L’inculturation est un chemin de sainteté. »
Pourquoi Paul parle-t-il de traiter durement son corps ?
Parce que la chair reste faible même chez l’apôtre. Il jeûne, il veille, il travaille de ses mains la nuit… pour que son corps serve l’Évangile et non l’inverse. C’est la base de toute ascèse chrétienne : non pour se punir, mais pour être libre (CEC § 2015).
« Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » : est-ce valable pour tous les baptisés ?
Oui ! Tout baptisé est envoyé (Mt 28,19). Chacun selon sa vocation : le parent par l’exemple dans sa famille, le jeune par son témoignage à l’école, le salarié par sa droiture au travail. Ne pas annoncer l’Évangile, même silencieusement, c’est se voler soi-même de la joie.
Paul a-t-il peur d’être damné ?
Il connaît la gravité du combat spirituel. Même lui, l’apôtre, doit veiller jusqu’au bout. Cela n’est pas angoisse, mais humilité réaliste : la couronne n’est pas gagnée d’avance ; elle se gagne chaque jour (CEC § 162 ; 2016).
Comment vivre « je me suis fait tout à tous » aujourd’hui ?
– Accepter de manger végétarien chez un ami végan même si on adore la viande. – Parler simplement avec les simples, rester silencieux avec les contemplatifs. – Aller à la messe du dimanche soir quand les jeunes y vont, même si on préfère celle du matin. L’amour invente mille manières de se faire petit.
Le sport est-il une image valable pour la vie spirituelle ?
Paul l’utilise souvent (ici, Galates, Philippiens, 2 Timothée). La foi demande entraînement, discipline, persévérance, stratégie. On ne devient pas saint par hasard : on s’entraîne chaque jour à la prière, au pardon, à la charité.
Une résolution concrète après ce chapitre
Choisis une personne ou un groupe que tu as du mal à rejoindre (collègue, voisin, famille éloignée de l’Église). Pendant une semaine, fais un petit geste pour te « faire tout à cette personne » : un café offert, un message gentil, une écoute vraie — sans rien demander en retour. Tu verras l’Évangile avancer.
Prière inspirée de 1 Corinthiens 9
Seigneur Jésus,
toi qui t’es fait serviteur de tous jusqu’à la croix,
donne-moi la passion de ton Évangile.
Rends-moi libre de tout salaire humain,
libre de tout confort,
libre pour me faire tout à tous.
Traite durement en moi ce qui t’empêche d’avancer.
Et quand je serai tenté de me décourager,
rappelle-moi que la couronne incorruptible
vaut tous les efforts du monde.
Amen.