Épître aux Romains – Chapitre 11 : L’Olivier, Israël et les Nations

Paul conclut sa grande méditation sur Israël par une certitude absolue : Dieu n’a pas rejeté son peuple.
Il y a aujourd’hui, comme au temps d’Élie, un « reste » choisi par grâce. L’endurcissement partiel d’Israël a permis l’entrée massive des païens. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire : quand la plénitude des nations sera entrée, « tout Israël sera sauvé » (v. 26).
Le chapitre se termine par l’un des plus beaux hymnes de louange de toute la Bible : « Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! » (v. 33).
Romains 11 est le chapitre de l’espérance définitive pour Israël et de l’humilité absolue devant le mystère de Dieu.
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Romains – Chapitre 11
1. Je demande donc : Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certainement pas ! Moi-même, je suis Israélite, descendant d’Abraham, de la tribu de Benjamin.
2. Dieu n’a pas rejeté son peuple, qu’il a connu d’avance. Ne savez-vous pas ce que l’Écriture rapporte au sujet d’Élie, quand il adresse à Dieu cette plainte contre Israël :
3. « Seigneur, ils ont tué tes prophètes, ils ont renversé tes autels ; moi seul je suis resté, et ils cherchent à m’ôter la vie. »
4. Mais quelle réponse lui est faite ? « Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal. »
5. Ainsi, dans le temps présent, il reste un petit nombre choisi par grâce.
6. Et si c’est par grâce, ce n’est plus par les œuvres ; autrement la grâce ne serait plus la grâce. Et si c’est par les œuvres, ce n’est plus par grâce ; autrement l’œuvre ne serait plus l’œuvre.
7. Qu’en conclure ? Ce qu’Israël recherche, il ne l’a pas obtenu ; mais les élus l’ont obtenu, tandis que les autres ont été endurcis,
8. selon qu’il est écrit : « Dieu leur a donné un esprit d’assoupissement, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre, jusqu’à ce jour. »
9. Et David dit encore : « Que leur table devienne un piège, un filet, un obstacle et une rétribution ! »
10. « Que leurs yeux s’obscurcissent pour ne plus voir, et fais-leur courber le dos sans cesse ! »
11. Je demande donc : ont-ils bronché pour tomber définitivement ? Certainement pas ! Mais leur chute a ouvert aux nations l’accès du salut, afin de provoquer leur jalousie.
12. Or, si leur chute a enrichi le monde et leur déclin enrichi les nations, combien plus leur plein retour !
13. Je vous parle donc à vous, païens : en tant qu’apôtre des nations, je fais honneur à mon ministère,
14. dans l’espoir de rendre jaloux ceux de mon peuple et d’en sauver quelques-uns.
15. Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une résurrection d’entre les morts ?
16. Si les prémices sont saintes, la pâte l’est aussi ; et si la racine est sainte, les branches le sont également.
17. Si quelques branches ont été retranchées, et toi, olivier sauvage, si tu as été greffé parmi elles pour devenir participant de la racine et de la sève de l’olivier,
18. ne te glorifie pas aux dépens des branches. Si tu te glorifies, rappelle-toi que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais la racine qui te porte.
19. Tu diras peut-être : « Les branches ont été retranchées pour que moi je sois greffé. »
20. C’est vrai : elles ont été retranchées pour cause d’incrédulité, et toi, tu tiens ferme par la foi. Ne t’enorgueillis donc pas, mais crains.
21. Car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus.
22. Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité envers ceux qui sont tombés, bonté envers toi, si tu demeures dans cette bonté ; sinon, toi aussi tu seras retranché.
23. Quant à eux, s’ils ne persistent pas dans l’incrédulité, ils seront greffés de nouveau ; car Dieu a le pouvoir de les y rétablir.
24. Si toi, détaché de l’olivier sauvage auquel tu appartenais, tu as été, contrairement à ta nature, greffé sur l’olivier franc, combien plus eux seront-ils greffés selon leur nature sur leur propre olivier !
25. Je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous croyiez pas sages : une partie d’Israël a été endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens.
26. Alors tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit : « Le Libérateur viendra de Sion, il détournera les impiétés de Jacob ;
27. et voici mon alliance avec eux, lorsque j’ôterai leurs péchés. »
28. Pour ce qui concerne l’Évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais quant à l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères.
29. Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables.
30. De même que vous autrefois avez désobéi à Dieu, et qu’en raison de leur désobéissance vous avez maintenant obtenu miséricorde,
31. de même eux aussi ont maintenant désobéi, afin qu’en raison de la miséricorde exercée envers vous ils obtiennent à leur tour miséricorde.
32. Car Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous.
33. Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles !
34. « Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? »
35. « Qui lui a donné le premier, pour devoir recevoir en retour ? »
36. C’est de lui, par lui et pour lui que sont toutes choses. À lui soit la gloire pour les siècles ! Amen.
Version PaxCœur — Texte modernisé d’après la traduction catholique Crampon (1923)
Pour aller plus loin : comprendre & vivre Romains 11
Dieu a-t-il rejeté Israël ?
Non, jamais. Paul le dit trois fois : « Loin de là ! » Il y a aujourd’hui un reste fidèle (les premiers chrétiens juifs, et ceux qui croient encore). L’endurcissement est partiel et temporaire (CEC § 674, 839).
Dieu reste fidèle à son alliance, même quand l’homme est infidèle.
Qu’est-ce que le « reste selon l’élection de la grâce » ?
Le petit nombre de Juifs qui, comme Paul, ont reconnu Jésus comme Messie. Ils montrent que Dieu n’a pas abandonné son peuple : il continue à susciter des croyants parmi eux, par pure grâce, sans mérite.
Pourquoi l’endurcissement d’Israël a-t-il servi au salut des païens ?
Par le refus d’une partie d’Israël, l’Évangile a été porté aux nations plus tôt et plus largement. Dieu a tiré un bien immense d’un mal : la réconciliation du monde. C’est le mystère de la Providence qui retourne toute faute en grâce plus grande.
« Tout Israël sera sauvé » : que veut dire Paul ?
L’Église catholique enseigne que, à la fin des temps, il y aura une conversion collective importante du peuple juif au Christ (CEC § 674). Le « tout Israël » désigne le peuple dans sa totalité historique, non chaque individu nécessairement, mais une plénitude qui accomplira les promesses.
Israël reste le peuple de l’alliance irrévocable.
Les chrétiens d’origine païenne doivent-ils de la reconnaissance à Israël ?
Oui. Nous avons été greffés sur l’olivier saint dont Israël est la racine. Sans les patriarches, les prophètes, la Vierge Marie, les apôtres, il n’y aurait pas d’Église. L’antisémitisme est incompatible avec la foi chrétienne (Nostra Aetate § 4).
Nous ne portons pas la racine. C’est la racine qui nous porte.
Pourquoi Paul termine-t-il par cette doxologie (v. 33-36) ?
Parce que le plan de Dieu dépasse toute intelligence humaine. Après avoir contemplé l’élection, la chute, la greffe, le salut final, il ne reste plus qu’à s’incliner et à adorer.
Face au mystère, le silence et la louange sont la seule réponse juste.
Comment vivre Romains 11 aujourd’hui ?
En priant chaque jour pour la conversion d’Israël, en refusant tout mépris envers le peuple juif, en restant humble devant la grâce qui nous a greffés, et en adorant la sagesse insondable de Dieu.
Prière inspirée de Romains 11
Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Toi qui n’as pas rejeté ton peuple, Toi qui as greffé les nations sur l’olivier saint, hâte le jour où tout Israël te reconnaîtra dans le visage de Jésus. Garde-nous dans l’humilité et la reconnaissance. À toi la gloire dans tous les siècles. Amen.