Épître aux Romains – Chapitre 9 : Douleur de Paul et Élection d’Israël

Paul aborde ici la question la plus douloureuse de sa vie : pourquoi la majorité de son peuple, Israël selon la chair, a-t-elle rejeté le Messie ?
Le chapitre commence par un cri déchirant : « J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le cœur un chagrin continuel » (v. 2). Paul va jusqu’à dire qu’il accepterait d’être anathème, séparé du Christ, si cela pouvait sauver ses frères.
Puis il pose la vraie question : la Parole de Dieu aurait-elle échoué parce qu’Israël, dans sa majorité, n’a pas cru ? Réponse : non. L’élection de Dieu n’a jamais reposé sur la descendance charnelle ni sur les œuvres, mais sur sa libre promesse et sa miséricorde souveraine.
Romains 9 est donc un chapitre sur la fidélité absolue de Dieu et sur la liberté absolue de sa grâce, qui choisit qui Il veut, quand Il veut, pour manifester sa gloire.
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Romains – Chapitre 9
1. Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens pas : ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint.
2. J’ai une grande tristesse, et une douleur continuelle me pèse sur le cœur.
3. Car je souhaiterais être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères, mes proches selon la chair,
4. eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, et les promesses,
5. eux qui ont les patriarches, et de qui est issu, selon la chair, le Christ — lui qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement. Amen.
6. Mais ce n’est pas que la parole de Dieu ait failli : car tous ceux issus d’Israël ne sont pas Israël,
7. et tous les descendants d’Abraham ne sont pas pour cela ses enfants. Il est dit : « C’est par Isaac que sera appelée ta descendance. »
8. C’est-à-dire : ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais les enfants de la promesse sont comptés comme descendance.
9 Un mot de la promesse en témoigne : « À cette même époque, je reviendrai, et Sara aura un fils. »
10. Et ce n’est pas tout : Rébecca aussi conçut d’un seul homme, notre père Isaac.
11. Car avant que les enfants fussent nés, avant qu’ils eussent fait ni bien ni mal, afin que demeure le dessein d’élection de Dieu,
12. non selon les œuvres, mais selon celui qui appelle, il fut dit à Rébecca : « L’aîné servira le plus jeune »,
13. selon ce qui est écrit : « J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü. »
14. Que dirons-nous donc ? Y a-t-il injustice en Dieu ? Loin de là !
15. Car Dieu dit à Moïse : « Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j’aurai compassion de qui j’ai compassion. »
16. Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui s’efforce, mais de Dieu qui fait miséricorde.
17. L’Écriture dit aussi à Pharaon : « Je t’ai suscité pour montrer en toi ma puissance, et pour que mon nom soit proclamé sur toute la terre. »
18. Ainsi, Dieu fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut.
19. Tu me diras alors : « Pourquoi donc reproche-t-il encore ? Qui peut résister à sa volonté ? »
20. Mais toi, ô homme, qui es-tu pour discuter avec Dieu ? L’ouvrage dira-t-il à celui qui l’a formé : « Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? »
21. Le potier n’a-t-il pas autorité sur l’argile, pour faire avec la même masse un vase destiné à l’honneur et un autre destiné à un usage vil ?
22. Et que dire si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère, préparés pour la perdition,
23. voulant en même temps faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu’il a préparés d’avance pour la gloire ?
24. Nous, qu’il a appelés, non seulement d’entre les Juifs, mais aussi d’entre les païens, sommes de ces vases-là.
25. Comme il le dit dans Osée : « J’appellerai mon peuple celui qui n’était pas mon peuple, et bien-aimée celle qui n’était pas bien-aimée. »
26. Et encore : « Là même où on leur disait : Vous n’êtes pas mon peuple, ils seront appelés fils du Dieu vivant. »
27. Ésaïe, de son côté, s’écrie au sujet d’Israël : « Quand le nombre des fils d’Israël serait comme le sable de la mer, seul un reste sera sauvé. »
28. « Car le Seigneur accomplira sa parole sur la terre, d’une manière complète et prompte. »
29. Et encore, selon Ésaïe : « Si le Seigneur des armées ne nous avait laissé une postérité, nous serions devenus comme Sodome, semblables à Gomorrhe. »
30. Que dirons-nous donc ? Les païens, qui ne cherchaient pas la justice, ont obtenu la justice — celle qui vient de la foi ;
31. tandis qu’Israël, poursuivant une Loi de justice, n’est pas parvenu à cette Loi.
32. Pourquoi ? Parce qu’ils ne l’ont pas cherchée par la foi, mais comme si elle venait des œuvres. Ils ont heurté la pierre d’achoppement,
33. selon qu’il est écrit : « Voici, je mets en Sion une pierre d’achoppement et un rocher de scandale ; et celui qui croit en lui ne sera pas confondu. »
Version PaxCœur — Texte modernisé d’après la traduction catholique Crampon (1923)
Pour aller plus loin : comprendre & vivre Romains 9
Pourquoi Paul souffre-t-il autant du refus d’Israël ?
Parce qu’il aime son peuple d’un amour viscéral. Il est prêt à être « anathème » (exclu du salut) si cela pouvait les sauver. C’est le même amour que Moïse (Ex 32,32) et que le Christ sur la croix. L’amour véritable accepte de se perdre pour que l’autre soit sauvé.
L’apôtre des nations reste jusqu’au bout un fils d’Israël.
La Parole de Dieu a-t-elle échoué ?
Non. L’élection n’a jamais été une question de race ou de mérite, mais de promesse. Dieu a toujours choisi librement : Isaac et non Ismaël, Jacob et non Ésaü, avant même qu’ils aient agi. L’appartenance au vrai Israël repose sur la foi, non sur la naissance.
La promesse ne concerne pas la descendance charnelle, mais les enfants de la promesse.
Dieu est-il injuste de choisir certains et pas d’autres ?
Non. L’injustice serait de traiter différemment des personnes qui auraient le même droit. Or personne n’a de droit devant Dieu : le salut est pure grâce. Dieu peut faire miséricorde à qui Il veut, sans être injuste envers personne (CEC § 604).
La miséricorde n’est jamais due. Elle est toujours donnée.
Que signifie « J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü » ?
Le verbe « haïr » est sémitique : il signifie « aimer moins » ou « ne pas choisir ». Dieu a choisi Jacob pour porter la promesse, non Ésaü. Cela ne concerne pas le salut éternel des personnes, mais le rôle dans le plan salvifique.
L’élection est toujours au service du salut du monde.
Le potier et l’argile : Dieu crée-t-il certains pour la perdition ?
Non. Dieu ne prédestine personne à la damnation (CEC § 1037). Les « vases de colère » se sont eux-mêmes rendus tels par leur refus obstiné. Dieu supporte avec patience, offrant toujours la conversion. L’endurcissement est d’abord un acte de la liberté humaine que Dieu respecte.
Dieu ne veut la perte de personne. Il veut que tous parviennent à la conversion (1 Tm 2,4).
Pourquoi les païens sont-ils sauvés et beaucoup de Juifs non ?
Parce que les païens ont accueilli la justice qui vient de la foi, tandis qu’une partie d’Israël a cherché à établir sa propre justice par les œuvres de la loi et s’est heurtée au Christ, « pierre d’achoppement ».
Le salut n’a jamais été une question d’appartenance ethnique, mais d’adhésion du cœur au Christ.
Comment lire Romains 9 sans désespoir ?
En se souvenant que Paul écrira au chapitre 11 : « Dieu n’a pas rejeté son peuple » et « tout Israël sera sauvé ». Romains 9 n’est pas la fin de l’histoire d’Israël, mais le mystère de l’élection gratuite qui s’étend maintenant à toutes les nations.
La grâce n’exclut personne. Elle attend tout le monde.
Prière inspirée de Romains 9
Seigneur, Toi qui as choisi librement et aimé gratuitement, Toi qui as fait miséricorde à Jacob et à moi, malgré mon indignité, garde ton peuple Israël dans ton cœur, et garde-moi dans l’humilité de ta grâce. Que jamais je ne me glorifie de mon élection, mais que je pleure avec ceux qui ne connaissent pas encore ton amour. Amen.