Actes des Apôtres – Chapitre 7

Le septième chapitre des Actes des Apôtres nous donne le grand discours d’Étienne, véritable traversée de toute l’histoire du salut. De l’appel d’Abraham au désert avec Moïse, du tabernacle à la construction du Temple, il montre comment Dieu n’a cessé de chercher son peuple, tandis que celui-ci résistait souvent à sa grâce. Actes 7 devient ainsi une clé pour comprendre la fidélité de Dieu malgré les refus humains.
Au terme de ce témoignage brûlant, Étienne dénonce le refus du Saint-Esprit et la trahison du Juste, Jésus. Pourtant, au moment même où la violence se déchaîne contre lui, il contemple la gloire de Dieu et le Fils de l’homme debout à la droite du Père. Son dernier souffle est une prière de pardon : le premier martyr chrétien ressemble jusqu’au bout à son Seigneur.
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Chapitre 7 : Le grand discours d’Étienne et son martyre
1. Le grand prêtre demanda : « Ces choses sont-elles ainsi ? »
2. Étienne répondit : « Hommes, frères et pères, écoutez. Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il s’établisse à Charan,
3. et lui dit : “Quitte ton pays et ta parenté, et va dans le pays que je te montrerai.”
4. Alors il sortit du pays des Chaldéens et s’établit à Charan. De là, après la mort de son père, Dieu le fit venir dans ce pays que vous habitez maintenant.
5. Il ne lui donna ici aucune possession, pas même de quoi poser le pied ; mais il promit de lui en donner la propriété, à lui et à sa descendance après lui, alors qu’il n’avait pas encore d’enfant.
6. Dieu parla ainsi : “Ta descendance séjournera dans un pays étranger ; on la réduira en servitude et on la maltraitera pendant quatre cents ans.
7. Mais la nation qu’ils serviront, je la jugerai, dit Dieu ; et après cela, ils sortiront et me serviront en ce lieu.”
8. Puis Dieu donna à Abraham l’alliance de la circoncision. Ainsi Abraham engendra Isaac, qu’il circoncit le huitième jour ; Isaac engendra Jacob, et Jacob les douze patriarches.
9. Les patriarches, jaloux de Joseph, le vendirent pour être emmené en Égypte. Mais Dieu était avec lui,
10. et le délivra de toutes ses tribulations ; il lui donna sagesse et faveur devant Pharaon, roi d’Égypte, qui l’établit gouverneur du pays et de toute sa maison.
11. Alors survint une famine dans toute l’Égypte et en Canaan ; la détresse était grande, et nos pères ne trouvaient rien à manger.
12. Ayant appris qu’il y avait du blé en Égypte, Jacob y envoya nos pères une première fois.
13. La seconde fois, Joseph fut reconnu par ses frères, et Pharaon connut l’origine de Joseph et de sa famille.
14. Joseph envoya alors chercher son père Jacob et toute sa parenté, au nombre de soixante-quinze personnes.
15. Jacob descendit en Égypte, et il y mourut, de même que nos pères.
16. Ils furent transportés à Sichem et déposés dans le sépulcre qu’Abraham avait acquis à prix d’argent des fils d’Hémor, père de Sichem.
17. À mesure que s’approchait l’époque où devait s’accomplir la promesse faite par Dieu à Abraham, le peuple s’accrut et se multiplia en Égypte,
18. jusqu’à ce qu’un autre roi, qui n’avait pas connu Joseph, se leva sur l’Égypte.
19. Ce roi ruse contre notre peuple : il maltraita nos pères au point de leur faire exposer leurs enfants nouveau-nés pour qu’ils ne survivent pas.
20. En ce temps-là naquit Moïse ; il était beau devant Dieu. Il fut nourri pendant trois mois dans la maison de son père.
21. Mais ayant été exposé, la fille de Pharaon le recueillit et l’éleva comme son propre fils.
22. Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens ; il était puissant en paroles et en actions.
23. Lorsqu’il eut atteint quarante ans, il lui vint au cœur de visiter ses frères, les enfants d’Israël.
24. Voyant l’un d’eux maltraité, il prit sa défense et vengea l’opprimé en frappant l’Égyptien.
25. Il pensait que ses frères comprendraient que Dieu leur accordait la délivrance par sa main ; mais ils ne le comprirent pas.
26. Le lendemain, il survint auprès de deux d’entre eux qui se querellaient ; il tenta de les réconcilier en disant : “Hommes, vous êtes frères ; pourquoi vous maltraitez-vous l’un l’autre ?”
27. Mais celui qui maltraitait son prochain le repoussa, en disant : “Qui t’a établi chef et juge sur nous ?
28. Veux-tu me tuer comme tu as tué hier l’Égyptien ?”
29. À ce mot, Moïse s’enfuit et alla séjourner au pays de Madian, où il engendra deux fils.
30. Quarante ans plus tard, un ange lui apparut dans le désert du mont Sinaï, dans la flamme d’un buisson en feu.
31. À cette vue, Moïse fut émerveillé ; et comme il s’approchait pour regarder, la voix du Seigneur se fit entendre :
32. “Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.” Moïse, tout tremblant, n’osait regarder.
33. Le Seigneur lui dit : “Ôte les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte.
34. J’ai vu la souffrance de mon peuple en Égypte, j’ai entendu ses gémissements, et je suis descendu pour le délivrer. Et maintenant, viens : je t’enverrai en Égypte.”
35. Ce Moïse qu’ils avaient renié en disant : “Qui t’a établi chef et juge ?” — c’est lui que Dieu envoya comme chef et libérateur, assisté de l’ange qui lui était apparu dans le buisson.
36. C’est lui qui les fit sortir, opérant des prodiges et des signes en Égypte, à la mer Rouge, et dans le désert pendant quarante ans.
37. C’est ce Moïse qui dit aux enfants d’Israël : “Le Seigneur votre Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi.”
38. C’est lui qui, dans l’assemblée du désert, était avec l’ange qui lui parlait sur le mont Sinaï et avec nos pères ; il reçut des paroles de vie pour nous les transmettre.
39. Mais nos pères refusèrent de lui obéir ; ils le repoussèrent et tournèrent leurs cœurs vers l’Égypte,
40. disant à Aaron : “Fais-nous des dieux qui marchent devant nous ; car ce Moïse qui nous a fait sortir d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu.”
41. Ils firent un veau, lui offrirent un sacrifice, et se réjouirent des œuvres de leurs mains.
42. Alors Dieu se détourna et les livra au culte de l’armée du ciel, selon qu’il est écrit au livre des prophètes :
“M’avez-vous offert des victimes et des sacrifices pendant quarante ans au désert, maison d’Israël ?
43. Vous avez porté la tente de Moloch et l’étoile du dieu Remphan, ces images que vous aviez faites pour les adorer ; c’est pourquoi je vous déporterai au-delà de Babylone.”
44. Au désert, nos pères avaient la Tente du Témoignage, comme Dieu l’avait ordonné à Moïse de la faire d’après le modèle qu’il avait vu.
45. Nos pères, l’ayant reçue, l’introduisirent sous la conduite de Josué dans le pays des nations que Dieu chassa devant eux. Elle y demeura jusqu’aux jours de David,
46. qui trouva grâce devant Dieu et demanda d’élever une demeure pour le Dieu de Jacob.
47. Mais ce fut Salomon qui lui bâtit une maison.
48. Cependant, le Très-Haut n’habite pas dans des sanctuaires faits de main d’homme, comme dit le prophète :
49. “Le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur ? Ou quel sera le lieu de mon repos ?
50. N’est-ce pas ma main qui a fait toutes ces choses ?”
51. Hommes au cou raide, incirconcis de cœur et d’oreilles, vous résistez toujours à l’Esprit-Saint ; ce que vos pères ont été, vous l’êtes aussi.
52. Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? Ils ont tué ceux qui annonçaient d’avance la venue du Juste, que vous avez maintenant trahi et mis à mort,
53. vous qui avez reçu la Loi par le ministère des anges et ne l’avez pas gardée !
54. En entendant cela, ils frémissaient de rage dans leur cœur et grinçaient des dents contre lui.
55. Mais Étienne, rempli de l’Esprit-Saint, fixa les yeux vers le ciel et vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu.
56. Il dit : « Voici, je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. »
57. Ils poussèrent alors de grands cris, se bouchèrent les oreilles, et se précipitèrent tous ensemble sur lui.
58. L’ayant traîné hors de la ville, ils se mirent à le lapider. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul.
59. Et ils lapidaient Étienne, qui priait en disant : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! »
60. Puis, s’étant mis à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché ! » Et, après avoir dit cela, il s’endormit.
Version PaxCœur — Texte modernisé d’après la traduction catholique Crampon (1923)
Questions que l’on se pose souvent en lisant Actes 7
Pourquoi Étienne raconte-t-il toute l’histoire d’Israël avant d’être jugé ?
Le long discours d’Étienne n’est pas une simple défense : c’est une lecture inspirée de l’histoire sainte. Il montre que Dieu a toujours parlé, guidé, envoyé… et que le peuple, trop souvent, n’a pas écouté. En retraçant Abraham, Joseph, Moïse, le désert et les prophètes, il révèle un fil unique : Dieu prépare son peuple au Christ. Étienne ne raconte pas le passé : il dévoile le sens profond du présent.
Pourquoi évoquer Abraham comme point de départ ?
Parce que tout commence par un appel. Dieu dit à Abraham : « Quitte ton pays ». Étienne rappelle ainsi que la foi naît toujours d’un arrachement : quitter ses sécurités, ses habitudes, ses anciennes attaches. Le Sanhédrin croit défendre les traditions ; Étienne montre que la vraie tradition, c’est d’écouter Dieu lorsqu’Il appelle.
Que signifie l’insistance sur Joseph rejeté par ses frères ?
Joseph est le premier grand « rejeté devenu sauveur ». Étienne établit un parallèle clair : comme Joseph a été vendu par les siens mais exalté par Dieu, ainsi Jésus a été livré par son peuple mais glorifié par le Père. C’est une manière puissante de dire : Dieu sauve souvent par celui que les hommes méprisent.
Pourquoi Étienne insiste-t-il sur les quarante ans au désert ?
Le désert est l’espace où Dieu parle et où le peuple résiste. Étienne montre que cette résistance n’a jamais cessé. Ceux qui accusent Étienne de mépriser le Temple sont les héritiers d’une longue histoire d’endurcissement face à l’Esprit. Son message est clair : le vrai culte ne se limite pas à un lieu, mais à un cœur ouvert.
Que veut dire Étienne lorsqu’il dit que Dieu « n’habite pas dans ce qui est fait de main d’homme » ?
Ce n’est pas un mépris du Temple : c’est un rappel prophétique. Même Salomon savait que la gloire de Dieu dépasse tout édifice. Étienne prépare ainsi la grande révélation chrétienne : le Temple véritable est le Christ ressuscité et, en Lui, le cœur des croyants. Le Sanhédrin défend le bâtiment ; Étienne annonce l’Alliance vivante.
Pourquoi le visage d’Étienne apparaît-il « comme celui d’un ange » ?
Ce détail n’est pas symbolique : il manifeste que l’Esprit de Dieu repose réellement sur lui. Son visage devient signe de la présence divine, non par puissance mais par pureté. Avant même sa mort, Étienne est déjà configuré au Christ. Sa paix extérieure reflète sa communion intérieure.
Comment comprendre la vision d’Étienne : Jésus « debout » à la droite de Dieu ?
Dans la Bible, le Fils est presque toujours décrit assis à la droite du Père, posture de règne et d’autorité. Ici, Jésus est debout : Il se lève pour accueillir Son témoin, comme un Roi qui se dresse pour honorer celui qui donne sa vie pour Lui. C’est l’une des visions les plus bouleversantes de tout le Nouveau Testament.
Pourquoi Étienne prie-t-il pour ses bourreaux ?
Parce qu’il vit pleinement l’Évangile : « Père, pardonne-leur… ». Étienne ne répète pas Jésus : il entre dans la même charité, cette charité qui ne peut être feinte ni imitative. Son martyre n’est pas une mort héroïque : c’est une naissance à la charité parfaite.
Quelle est la signification de la présence de Saul (futur Paul) lors de la lapidation ?
Ce détail n’est pas anodin : la première apparition de Saul est celle d’un homme qui approuve la mort d’un saint. Mais la grâce agit déjà. Le sang d’Étienne deviendra semence de la mission de Paul. Le persécuteur d’aujourd’hui devient l’apôtre de demain : c’est l’un des plus grands renversements divins de l’histoire.
Pourquoi Étienne est-il considéré comme le premier martyr chrétien ?
Parce qu’il meurt explicitement pour le témoignage rendu au Christ ressuscité, et parce qu’il choisit, au cœur de la violence, l’amour qui pardonne. Le mot « martyr » signifie « témoin » : Étienne est le premier à révéler par sa mort la victoire du Christ.